"La littérature est un fleuve. A sa source, se trouvent les livres qu'a aimés un enfant." Geneviève Brisac
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jeudi 5 juillet 2012

BRIC-à-BRAC


Jour J- 9   avant notre déménagement …Un sujet s’impose donc, pour me donner un peu de courage face à la tonne de cartons qui nous attend : Le BRIC-à-BRAC de nos petites vies !

  

Histoire de se détendre un peu, commençons par la chambre des enfants, avec justement Bric-à-brac de Jean Gourounas



« MAINTENANT J’EN AI MARRE ! Ta chambre est un vrai foutoir. ALORS-TOUT-CE-QUI-NE TE-SERT-PLUS-A-RIEN-TU-LE-DONNES-A-PAPA »

Un papa, excédé par le désordre qui règne dans la chambre de son fils, lui ordonne de tout ranger ! L’enfant qui a pour objectif de lui demander un chat, s’exécute aussitôt et commence à ramener toutes sortes d’objets qu’il a entassés au fil des mois.





Mais son papa ne semble jamais satisfait ! Qu’à cela ne tienne, l’enfant fermement motivé à l’idée d’avoir un animal pour récompense, rapporte tout ce qu’il peut trouver (même les moutons du sac de l’aspirateur !!)



Un véritable guide touristique de la chambre de votre enfant !

Dans cet album au combien réaliste et plein d’humour, on trouve un vrai déballage photographique d’objets hétéroclites que nos enfants gardent précieusement comme de véritables petits trésors (un jeu de clefs rouillées, une mite séchée, un sachet d’épices pour couscous …)

Quant au dialogue entre le petit garçon et son papa, il est tout aussi tonique (enchaînant questions, exclamations, jeux de mots …) et drôle poussant les stéréotypes jusqu’au bout…Bref, aussi pertinent qu’impertinent !!!



Quant à la chute, elle devrait plaire à plus d’un adulte !






Vous avez donc réussi votre première épreuve avec brio et êtes parvenus à extraire de la chambre de vos 3 bambins quelques  « 151 objets ronds, 57 rectangulaires, 89 trucs rouges, 4 marrons marron, 15 bonhommes jaunes, … » complétement inutiles (à vos yeux du moins).
Si vous pensiez vous en débarrasser discrètement, c’était sans compter sur  Et si on jouait ! d’Edouard Manceau et Elise Ortiou Campion.

Cet album rassemble sur des thèmes différents, une multitude de petits jouets et objets du quotidien plus ou moins laissés en désuétude. L’enfant est alors invité à jouer, chaque double page proposant un jeu différent (une question, une action à réaliser) s’appuyant sur l’observation et l’imagination …







Un album dont la simplicité le rend tout simplement génial. Il est par ailleurs superbement servi par les photographies d’Elise Ortiou Campion qui alterne les tons sur tons et au contraire les couleurs vives sur lesquelles se découpent tous ces petits objets que l’on prend plaisir à découvrir ou redécouvrir.








Malgré ce revers, vous ne renoncez pas aussi facilement …Certes, vous concédez à vos enfants un sursis pour leurs petits trésors (non putricibles !!!) à condition de les mettre dans des cartons et pour finir de les convaincre de leur mise en boite immédiate vous leur sortez votre botte secrète ou plus exactement, Les hommes n'en font qu'à leur tête de François David et d'Olivier Thiébaud.



En effet, l’artiste Olivier Thiébaud s’est fait une spécialité de la mise en boite d’objets du quotidien en voie de disparition. Dans cet album, il les agence pour composer seize portraits insolites à la manière d’Archimboldo.

L’homme qui mange est composé de fruits et gâteaux,l'homme de coeur est fait de feuilles et de fleurs,  l’homme qui se croit malade est fait de médicaments, l’homme qui amasse est formé par des pièces d’or …Chaque portrait étant accompagné  d’un  poème léger ou grave, drôle ou mélancolique…






L’HOMME QUI AMASSE



Il prétend

qu’il a un cœur d’or

que ses soupirs sont des sourires

qu’il cache des trésors de douceur

sous la froideur de ses rubis

et que sous sa couronne à la gomme

il a un font tout attendri

Mais il n’y a pas deux sous

de vérité

Prenez garde quoi qu’il dise

à ne jamais le prendre

pour argent comptant


 
Bon, vos loupiots ont enfin vu l'intérêt des cartons, et s'affairent avec plaisir même s'ils vous emballent de drôles de dinosaures,  on avance :






L'occasion pour vous de vous concentrer sur vos petites affaires. La boite à couture par exemple, (chez nous, ça devrait aller vite, sortis de 3 boutons, 8 aiguilles, et 2 bobines de fils...). Je vais donc en profiter pour vous présenter, un de mes albums coup de coeur : Tout allait bien de Franck Prévot



Tout allait bien dans le petit monde paisible des boutons rouges…Quand tout à coup quelque chose de bizarre arriva, …un bouton BLEU …si différent, si étrange, malgré ses apparentes bonnes intentions. On l’observe, on le craint, on le repousse, lui et ses acolytes nouvellement arrivés. Les boutons bleus vont donc connaître les différentes phases de l’intégration.






Un album terriblement efficace sur le thème de la différence et de l’intégration.

Sur chaque double page, l’une est consacrée au texte avec des phrases courtes, percutantes, ainsi qu’un lien permanent via des jeux de couleurs avec l’autre page consacrée aux boutons. Leur disposition est sans ambiguïté quant à leurs intentions. Même sans avoir acquis la lecture, un enfant en saisit tout de suite le sens.

Quant à la chute, elle est terriblement perspicace ; car ceux qui ont réussi à s’intégrer, sauront-ils faire preuve de plus de tolérance que les autres ?





Epuisée par votre journée « cartons », vous faites une pause bien méritée assise devant votre placard. C’est alors que la porte de ce dernier s’ouvre laissant pointer le bout du bec d’un drôle d’écrou qui ressemble fort à un canard…Soudain, c’est toute une ribambelles d’objets : clefs à molette, scies à bois, cintres, truelles, louches, passoires, robinet ...qui s’animent et font sous vos yeux le Grand Show de leur vie !

 Eh non, vous ne rêvez pas, vous venez juste de pénétrer dans l’univers fantastique de Gilbert Legrand.

Le grand show des petites choses est un magnifique album de 128 pages, du travail de cet artiste plasticien à l’imagination débordante.




Pas un mot (nul besoin d’ailleurs), juste ces objets qu’il fait (re)vivre en personnages, sans même avoir à les dénaturer. Il utilise leurs différentes formes, ajoute quelques détails pour créer une ressemblance …Et voilà une boite d’œuf transformée en vaisseau pour fantômes, des robinets devenu des patineurs émérites,… un défilé original, décalé et dynamique.






Gilbert Legrand garde le fil conducteur du début à la fin : quand on ouvre le livre, c’est la porte de l’armoire qui s’entrouvre, et quand on le referme, c’est la caisse qui accueille tous les éléments... direction New-York

Sur la dernière page, il salue même les objets qu’il a utilisés en les nommant par ordre d’apparition.
Ainsi, les enfants qui ne reconnaissent pas tous les acteurs pourront les identifier sans peine. Ils n’ont en tous cas aucun mal à leur donner vie et leur inventer une histoire.
Un immense bravo !





Et maintenant direction la cave, avec Clovis le roi du tournevis de Florence Ballignad (auteur-conteuse) et Sandrine Lhomme (illustratrice).

"Clovis adore les tournevis. Sur sa carriole, il y en a de toutes les formes et de toutes les couleurs. Avec eux, il rend à tous de multiples services, et quand les enfants viennent le voir, c'est comme de la magie, ils l'ont surnommé le Roi du Tournevis. Avec eux, il transforme sa carriole et créera des inventions extraordinaires, il est un véritable artiste du tournevis."





 
Clovis est un bonhomme tout rond et attachant. Il voue une véritable passion pour les tournevis, qu'il n'hésite pas à partager avec tout ceux qu'il rencontre. De réparation en bricolage, il arpente les routes jusqu'au jour où l'âme soeur frappera à sa porte.

Un très beau conte tout en rimes, mêlant poésie et humour merveilleusement mis en valeur par des illustrations aux couleurs vives,  fourmillant de bricolages très inventifs où l'illusion entre les objets photographiés et les éléments dessinés est parfaite.

Une belle invitation pour tous nos petits bricoleurs en herbe !




 Et voilà justement un enfant qui a sauté le pas et est bien décidé à  fabriquer la Grande machine d'Octave de Bénédicte Carboneill (texte) et Laure Phélipon (illstrations)



Octave est un petit garçon qui vit dans une maison triste et silencieuse. Chaque membre de sa famille y vit finalement isolé : papa lit son journal, papy fait ses mots croisés,… Octave s’ennuie terriblement, il ne supporte plus ce vide. Ce qu’il désire plus que tout, c’est du bruit, des cris, de la joie, de la vie !


Dans la cave, le petit bricoleur va donc créer une machine faite de boulons et de fil de fer qui va révolutionner la vie de sa famille. Bientôt, sa machine infernale se met à gronder, ne manquant pas de « réveiller » papy, mamy et ses parents. Un vent de liberté et de légèreté souffle alors et tous se mettent à danser et à jouer de la musique avec énergie… Octave a réussi …Tout le monde se met à profiter de l’instant présent dans cette grande maison du bonheur !



Laure Phélipon signait ici son premier album avec 20 illustrations  plutôt originales, confectionnées sur fond de peintures sur toile où elle a mis en scène des objets de récupération du quotidien.

Les éditions les petites vagues mettent à votre disposition les premières pages de l’album sur : http://www.petites-vagues-editions.com/site/medias/octave-extraits.pdf





Un des artistes qui a popularisé en France le détournement d’objets et la mise en scène en volume dans l’illustration jeunesse, c’est évidemment Christian Voltz.
Fil de fer, boutons rouillés, vieux cuirs, cartons et papiers découpés …son style caustique et cocasse se repère de loin.

Selon moi, Le livre le plus génial que j’ai jamais lu est une excellente carte de visite de l’artiste. Cet album est très représentatif à la fois des ses techniques d’illustration et de son humour décapant.



Un petit bonhomme à haut chapeau, qui ne connaît pas Christian Voltz, s’apprête, tout comme vous, à ouvrir l’album. Il en espère beaucoup, mais attention, c’est un lecteur critique ! Finitions des images, vraisemblance de l’histoire, fautes d’orthographe dans le texte : il ne laissera rien passer !

Au niveau graphique, ce livre est donc constitué de deux types d’illustrations.
-D’une part, un dessin au trait noir, sur fond blanc représentant notre bonhomme lecteur
-D’autre part, un assemblage d’objets détournés et de collages illustrant l’histoire.
L’histoire justement est celle d’une petite fille pirate qui échappe totalement aux stéréotypes du personnage qu’elle incarne : elle se bat au pistolet laser, adore manger du saucisson à la queue de chat, se brosse les dents, et dorlote son nounours …


Si au début notre petit bonhomme est plutôt emballé par l’histoire, il déchante vite pour devenir franchement scandalisé allant même jusqu’à interpeller directement l’auteur …Mais c’était sans compter sur les nombreux tours de passe-passe de Mr Voltz qui saura à n’en pas douter le satisfaire tout comme le lecteur amusé.
 
Vous n’avez pas tout compris, c’est normal. Ce livre rempli d’humour bouleverse complètement les stéréotypes (à commencer par la relation habituelle auteur-lecteur) ! A lire et plutôt deux fois qu’une !!!


Christian Voltz s'adresse tout aussi bien aux adultes. Dans "A fond la gomme !, le voilà satyre politique.
C'est l'histoire d'un tout petit garçon, prénommé Nicolas, un brin excité, qui en s'habillant le matin s'imagine être le roi du monde ...





Christian Voltz part d'une situation quotidienne que tous les parents connaissent bien. Comment nos enfants réussissent-ils à mettre autant de temps à s'habiller le matin ?


Eh bien, voici un début de réponse. Le petit Nicolas, en même temps qu'il enfile t-shirt, chaussettes, pantalon, mouffles dans un ordre plutôt inhabituel, s'invente des histoires palpitantes.
Tantôt boxeur qui n'a peur de rien, superhéros protecteur de ses amis en difficultés, tantôt frimeur avec sa montre bling bling et ses talonnettes qui le rendent plus grand que les CM1, Nicolas finit enfin par être prêt alors que sa maman s'impatiente...sauf qu'il a oublié un petit détail, essentiel ...



On retrouve bien la marque de fabrique de Christian Voltz : petites phrases courtes percutantes, nombreuses onomatopées, langage familier, objets recyclés...cet album tout en double sens fera rire petits et grands mais peut être pas toujours pour les mêmes raisons.















AUJOURD'HUI, C'EST MERCREDI :


Petites pause carton, pour nous essayer aussi au détournement d'objets.

Pour commencer, avec mon fils de 8 ans nous avons repris les oeuvres des maîtres Calder, Legrand et Voltz afin de confectionner un petit album souvenir des amis de sa classe avec qui il partage joie et fous rire depuis 6 ans maintenant ...

Le thème qu'il a choisi est celui du cirque, sa maîtresse ayant eu l'excellente idée d'organiser un séjour "cirque" d'une semaine en juin. Il a représenté chacun des ses copains en "enfant de la balle" différent selon son caractère ou centre d'intérêt. Puis nous avons ajouté quelques extraits de textes ou poèmes (pour la plupart appris en classe) là encore revisités.
Voici quelques pages :












Après ces quelques essais, il s'est lancé tout seul sans filet et à créer son histoire avec de vrais objets de récup cette fois, dans le cadre des ateliers La fée folie du festival "A-pas-conté". Il a adoré manipuler, créer, inventer ...

Intitulé L'arbre et le bucheron : c'est l'histoire d'un arbre et d'un ...bucheron ! leur relation initialement difficile (branche dans l'oeil, scie dans le tronc,...) avant des retrouvailles sous la forme d'une confortable cabane.
Voici quelques planches:











samedi 28 avril 2012

Pour petits (é)lecteurs en herbe

Pour tous les petits (é)lecteurs en herbe qui vous bombardent de questions sur les élections présidentielles et la politique en général, voici une sélection de 5 albums susceptibles d'éclairer leur curiosité.


Dans Votez pour moi ! de Martin Baltscheit et Marc Boutavant, ce sont les animaux qui se mettent à voter.


Et "Les élections, chez les animaux, c'est quand même moins compliqué que chez les hommes, un seul candidat, toujours le même : le Lion, toujours réélu à la majorité."



Sauf que cette année, quelqu'un revendique son droit au choix. Il s'agit d'une petite souris grise, bien décidée à battre le Lion aux élections et à devenir Reine des animaux. La bataille électorale s'annonce rude... et drôle ! Car la candidature de la souris va en susciter toute une flopée !...
Chaque espèce animale décide en effet de désigner son propre représentant. Nous découvrons alors des candidats bien différents qui défendent des valeurs souvent farfelues et en tous cas toujours très personnelles.


C'est ainsi que le candidat mouton s'écrie "Ma laine m'appartient ! Si je deviens président, finis la tonte et les tricots !" La fourmi propose de passer aux 60 heures par semaine (voire plus), le chat promet de la souris fraîche à tous les repas, le berger allemand revendique d'avantage de lois et d'ordre, quant au renard, il prône l'abolition des frontières,...




Tout le monde vote mais personne ne sort élu : chacun a choisi celui de son camp ! Sauf le lion qui s’est abstenu. C'est le chaos total : tout le monde fait ce qu’il lui plait. Au bout de plusieurs jours, la petite souris revient voir le félin et ils décident de rétablir l’ordre. Plus personne ne voulant être roi, le lion est élu... et s’entoure de ministres aux talents divers.

Une histoire pas si fictive que ça, concoctée avec beaucoup de pertinence et d'humour. Tous les partis sont figurés ici avec finesse et imagination.

Les illustrations de Marc Boutavant sont les mêmes que celles de "L'histoire du lion qui ne savait pas écrire". Il capte les expressions et les attitudes de ses personnages avec justesse, les habillant de couleurs vives, ce qui permet au petit lecteur de leur accorder toute son intention.

Martin Baltscheit et Marc Boutavant sont élus comme auteur et illustrateur les plus inspirés du moment, à l'unanimité !







Autres élections animalières anthropomorphisées, Jour de vote à Sabana de Sandrine Duma Roy et Bruno Robert.




"En période électorale, girafe, lion, éléphant, crocodile, chacun prend la pose et sert son boniment, tout comme dans une fable, débats et aventures s'en suivent ..."


Jo le Lion, roi de père en fils depuis des générations, est certain de ses compétences et ne se sent nullement menacé par les autres candidats. Fil l'éléphant, l'ami de tous, multiplie les visites de courtoisie depuis des semaines. Jipette la girafe assure qu'elle peut prévenir des dangers ...



...mais c'est Jim le crocodile qui a convaincu, en sortant la carte de la sécurité ( tiens, tiens !)
 "Je mets mes dents à votre service, je vous défendrai contre quiconque vous attaquera" vagit Jim. Des dents de crocodile pour toute promesse, quelle plaisanterie ? Et pourtant, Jim sera élu. Il s’entourera de ses frères, sœurs et cousins ...et fermera les frontières.


Heureux au début, les autres animaux prennent vite conscience des ambitions et de la soif de pouvoir du crocodile ... "Garde -toi, tant que tu vivras,  de juger des gens sur la mine" aurait conclu La Fontaine !


Un bémol cependant (et de taille à mon humble avis) : passer de l'élection au suffrage universel au totalitarisme puis à la révolution et à l'extermination des despotes (même si c'est à l'aide de champignons halucinogènes), ce n'est sans doute pas le chemin le plus simple pour donner un éclairage sur la démocratie à nos charmants bambins !















Sortir du chaos, voilà une bonne raison de se lancer en politique, non ! Dans Que le meilleur gagne ! de Zoe Figgeac, "constatant dans sa chambre, un désordre sans précédent, la petite Celma décide qu'il faut apprendre à s'organiser et pour cela, élire un président ou une présidente !"



Pas une minute à perdre. la petite fille au caractère bien trempé et son ami Luis le crocodile se lancent en campagne. Comment ranger les jouets ? Celma propose de le faire par ordre alphabétique, alors que Luis préfère faire un bon gros tas !



Après le programme, la campagne : les deux candidats collent des affiches, font des discours et finissent par voter, en faisant respecter les règles du scrutin.
Tout est fait avec beaucoup de sérieux ...enfin presque !

Dans ce nouvel album de la collection Luis et moi, on retrouve la petite fille et son croco dans une histoire qui expose très clairement toutes les étapes d'une élection.
Les illustrations (qui ne sont pas sans rappeler celles de Rita et Machin) sont sobres, la mise en page épurée : crayonné noir sur fond blanc, réhaussé par quelques touches de rouge. Elles regorgent de comique de situation soulignant l'humour avec lequel le sujet est abordé.

Cette initiation au sens civique, sur un thème qui leur est familier, parlera sans aucun doute aux enfants, en cette période électorale.







Si un enfant était président, le monde serait sans doute plus beau et plus rigolo. C'est ce qu'ont imaginé Catherine Leblanc et Roland Garrique dans "Ah, si j'étais président !"





Un petit garçon se prend à rêver : "Ah, si j'étais président de la République ...". Vêtu d'un costume trop grand pour lui, le petit candidat dévoile son programme :

En ce qui concerne l'éducation, le constat est sévère et le renvoi de tous les parents à l'école préconnisé; en matière de logement, construction de cabanes pour tous dans les arbres le long des avenues. Côté aménagement du territoire, les jardins envahissent les villes, ainsi que les piscines, les fêtes forraines ...A la défense, armement des soldats de pistolets à eau et batailles de polochons (le reste du temps, ils proméneraient les enfants et les grand-mères) ...



Dans un album résolument humoristique, les illustrations, proches de la bande dessinée sont irréstistibles. Chaque double page illustre un fantasme enfantin jusqu'à la surprise finale qui permet au jeune lecteur de coller sa photo, dessiner son équipe gouvernementale ou d'écrire son propre programme.







Allez, vous savez pour qui voter maintenant !!!







Eloignons-nous un moment des "élections présidentielles" à proprement parler, pour éveiller (ou réveiller) des consciences citoyennes et pour  donner aux jeunes lecteurs matière à réflexions quant à l'importance de la démocratie, à travers un album profondément engagé, co-édité par Amnesty : Il n'y a pas si longtemps de Thierry Lenain et Olivier Balez.


Un album qui montre aux enfants que les droits qu'ils croient aller de soi, n'ont pas toujours existé. "Ce n'était pas ailleurs, il y a des siècles. C'était en France, il n'y a pas si longtemps ..."

Une des grandes forces de ce texte est qu'il place les personnages dans un contexte familial générationnel. Les enfants s'identifient , associent à l'Histoire des repères affectifs bien plus évocateurs pour eux que des dates sur une frise chronologique.

Le narrateur (d'une cinquantaine d'années) commence donc par nous présenter sa famille : ses grands-parents, ses parents et ses enfants. Puis des années 40 à nos jours, il place chacun dans un quotidien caractéristique de sa génération et nous raconte ce que faisaient ou ne pouvaient pas faire les membres de sa famille, (bien souvent selon qu'ils étaient des hommes ou des femmes).

Ainsi on apprend que ses grands-mères n'avaient pas le droit de vote.



"Ma mère et mon père sont nés le même jour. Un jour où les gens votaient. Enfin, pas tous les gens ... Mes grands-mères, par exemple, n'ont pas voté. Pas parce qu'elles accouchaient : parcequ'elles étaient des femmes. Quand mon père et ma mère sont venus au monde, les femmes n'avaient pas le droit de voter.
Ce n'était pas ailleurs, il y a des siècles. C'était en France, il n'y a pas si longtemps ..."




Du temps de ses parents, l'école n'était pas mixte et on pouvait y pratiquer des chatiments corporels ou des humiliations. Sa mère ne portait jamais de pantalon et ses jupes devaient descendre sous les genoux. Elle ne pouvait pas disposer de sa vie (travailler, ouvrir un compte en banque,...) sans l'autorisation de son mari. L'avortement était interdit.



Quand le narrateur était enfant, la peine de mort était toujours appliquée.
Les illustrations sont à l'image du texte, sans concession, simples et percutantes, destinées à interpeller les enfants comme les adultes; à l'instar de cette enfilade de guillotines en noir et rouge, devant lesquelles se trouvent un panier en osier recueillant les têtes, et rappelant que la mort pouvait sévir en série , de façon mécanique et selon le refrain lancinant adopté depuis le début du livre : "Ce n'était pas ailleurs, il y a des siècles. C'était en France, il n'y a pas si longtemps ..."


Ses enfants, eux, ont bien sûr plus de liberté mais il convient de rester vigilants car rien n'est jamais figé dans un sens comme dans l'autre. Par ailleurs, de nos jours, en France, des droits et des libertés restent encore à consolider ou à acquérir. Et si d'autres pays n'en sont pas encore là, tous les espoirs sont permis car "En France, il n'y a pas si longtemps  ..."


La citation du sous-commandant Marcos, choisie en guise d'exergue de l'album prend alors tout son sens "Appliquez-vous en histoire. Sans elle, tout est inutile et dépourvu de sens."


En vous parlant de cet album, j'ai une pensée particulière pour une petite militante en herbe, toujours prête à s'indigner des injustices et qui fête ses 9 ans aujourd'hui, ainsi que pour mon petit garçon qui lui souffle ses 3 bougies ...ce livre est un message d'espoir pour celles et ceux qui feront l'avenir de demain.