"La littérature est un fleuve. A sa source, se trouvent les livres qu'a aimés un enfant." Geneviève Brisac
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dimanche 23 décembre 2012

Coups de coeur 2012 pour paroles de conteurs




Pour finir l'année en beauté, voici une sélection  d'albums coups de coeur parus en 2012 sur le thème des contes.
Beaucoup se sont penchés sur la place du conte dans la construction d'un enfant.
 
 Voici donc quelques albums, qui permettront aux plus grands d'entre eux, de s'absenter de notre réalité quelques instants pour peut être mieux y revenir, mieux la comprendre, mieux l'appréhender ...

 
Commençons par une croustillante variation du thème d'Alice au Pays des Merveilles : Madame Le Lapin Blanc de Gilles Bachelet. Gilles Bachelet, génial comme à son habitude !



Et si le lapin blanc de Lewis Caroll avait une femme et une tripotée d'enfants ...Et si sa femme tenait un journal intime ... ça ne rigolerait pas tous les jours, mais nous si !



Madame le lapin blanc brosse le portrait de chacun des membres de sa maisonnée :
celui de sa fille ainée en pleine crise d'adolescence qui vire anorexique pour ressembler à un mannequin,
de ses jumeaux qu'un rien n'amusent (ils vont jusqu'à jouer aux billes avec leurs petites crottes),



de Betty et de sa difficile intégration dans sa nouvelle école,



d'Eliot, le cinquième, en avance pour son âge (surtout lorsqu'il s'agit de regarder sous les jupes des filles)
et enfin de l'adorable petite dernière, qui est le portrait craché de son père et braille toute la sainte journée !


Madame La Lapin Blanc nous ouvre donc les portes de son quotidien infernal et surchargé où elle doit tout gérer seule ...car ce n'est pas son mari qui va l'aider : toujours en retard pour le palais de la reine de coeur, souvent absent, irrémédiablement étourdi  !



Cher journal, non ce n'est pas une vie de rêve mais une vie de famille qui ne manque pas de tendresse !

Les illustrations de Gilles Bachelet, proches parfois de la BD et d'une grande expressivité, fourmillent de détails, permettant plusieurs niveaux de lecture en fonction de l'âge et une relecture toujours aussi surprenante.

Les références à Alice sont subtiles et on ne verra de l'héroïne qu'un énorme pied. En revanche, les clins d'oeils au roman de Lewis Caroll sont nombreux. Chaque double page nous plonge dans des illustrations grouillantes de détails loufoques, on y passerait des heures.



On se régale devant les 100 recettes de carottes destinées à faire retrouver l'appétit à la fille ainée, ou encore devant cette incroyable salle de classe avec Humpty Dumpty, le dodo, le morse, le chapelier, les cartes,...tous y sont.



Bref,ça ne se raconte pas, ça se déguste et en famille s'il vous plaît !
A noter que cet album au ton décalé et à l'humour délicieusement corrosif , pur régal visuel, a remporté la Pépite de l'Album au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.
Un grand coup de coeur pour cet album simplement génial !

 
 
 
 
 
 
 
Après La Colère de Banshee, le bonheur prisonnier ... Jean François Chabas et David Sala revisitent avec Féroce, l'un des contes les plus populaires de France : Le petit chaperon rouge et l'un des personnages les plus charismatiques de la mythologie scandinave: le puissant loup Fenris.
 
 
"Pour peu qu'on soit d'un fragile caractère, on grandit en imaginant ce que les autres nous renvoient. Les sentences nous sculptent."
 
Dés sa naissance, Fenris n'est pas un louveteau comme les autres : les yeux et le pelage rouges, de grandes dents, un air méchant à son insu ... sa mère et ses frères commencent à le craindre. Les siens le mettent à l'écart. Alors à force de s'entendre dire qu'il est féroce et cruel, il finit par le devenir.


 
Il se met à errer seul, terrorisant tous les êtres qu'ils croisent, jusqu'aux branches qui frémissent et aux fleurs qui ploient...
 


 
Un jour il rencontre une fillette tout de rouge vêtue,  aux cheveux couleur miel et à l'esprit plein de dérision. On ne nous dira rien de cette fillette esseulée, se promenant insouciante dans la forêt, alors que le loup guette ...
 



 
C'est pourtant elle qui va faire reculer Fenris. Devant elle, Fenris trébuche. Malgré lui, il est enlacé; malgré lui, il est aimé.
Et sans jamais se départir de son étrange humour désabusé, la belle va déconstruire un discours de masse en toute simplicité. Tous deux "s'accordent" pour suivre leur propre voie, chacun s'éloignant de sa meute.
 
 
 
"Ils marchent de concert, du pas de ceux qui ont très longtemps cheminé ensemble; parfois la jeune fille s'appuie contre l'encolure du loup, parfois c'est le loup qui vient se presser contre les jambes fines de l'humaine."
 
 
Album atypique par son format notamment; tout est fait pour provoquer l'émerveillement du lecteur. La plume si particulière de JF Chabas retranscrit une certaine tension; et il nous faut attendre de déplier les pages(en haut ou sur le côté) pour voir apparaitre, les superbes peintures de David Sala.
 
 
 
Des illustrations tout en ronds, points, arabesques, rectangles assemblés avec minutie, jouent sur toute une galerie de nuances : rouge chaud, bleu polaire... Le pelage de Fenris est à son image une merveille de tourmente.
Klimt n'est pas bien loin !
 


 
 
 Un album fantastique, dans le fond comme dans la forme. A ne pas manquer !
 
 
 




 
 
 
 
 
Dans Le Lac de Cygnes, Charlotte Gastaut a réussi le pari de revisiter l'univers magique du ballet de Tchaïkowsky.
 
 
 
Un prince rêve d'Amour. Mais ses parents, impatients de le marier, décident d'organiser un bal. Ils annoncent alors à leur fils qu'il lui faudra choisir, durant la fête, celle qui deviendra sa femme.
Le jeune homme s'enfuit dans les bois. Il y apperçoit un vol de cygnes et le suit jusqu'aux abords d'un lac. Là, apparaît une merveilleuse jeune fille vêtue d'une robe de plumes blanches ...
 
 
 
D'emblée, la couverture est somptueuse. L'intérieur l'est tout autant. Tout en or, bleu nuit et blanc, les dessins finement découpés forment une véritable dentelle.
Rapidement, le texte s'efface et les illustrations semblent s'illuminer à mesure que l'on tourne les pages.
 
 
 
 
 
 
La talentueuse Charlotte Gastaut n'en finit plus de nous surprendre. Et on saluera les éditions lyonnaises Amaterra pour cette magnifique initiative.
 
Un album féérique, idéal pour les fêtes de fin d'année !






Poursuivons avec un des plus extraordinaires recueils d'histoires "étonnantes et surprenantes" -ainsi qu'on les qualifiait autrefois : les  Mille et une nuits.
Cette année c'est Gudule qui a adapté neuf des ces contes, à l'épicé parfum de l'Orient,  superbement illustrés par François Roca.



L'album commence par l'histoire de Shéhérazade.
Découvrant l'infidélité de son épouse, le sultan Schahriar la met à mort. Et pour ne plus être bafoué, il décide d'épouser chaque jour une nouvelle vierge et de la tuer le matin suivant. Pour faire cesser ce massacre, Shéhérazade, fille du grand vizir, s'offre au sultan. Inlassable conteuse, elle narre chaque nuit le début d'une histoire que l'aube fatidique interrompt. Pour connaitre la suite, le sultan repousse son exécution de jour en jour. Et à l'issue de mille et une nuits (et de 3 beaux enfants), Schahriar séduit, garde à jamais sa merveilleuse conteuse ...

 
Suivent ensuite 8 contes emblématiques des mille et unes nuits : Le prince changé en singe; l'encombrant cadavre; l'astucieux petit chamelier; histoire d'une tarte au miel et à l'eau de rose; le mari, la femme et le perroquet; l'homme qui mit sa femme dans un bocal; le calife et l'âne et le coffre volant.

Chaque début de chapitre est orné d'une arche orientale où l'on voit Shéhérazade en train de raconter l'histoire au sultan, ainsi que deux illustrations en rapport avec le contenu du conte présenté.



Une ambiance féérique, un ton incisif, on plonge avec délice dans ces récits exotiques et dépayasants. Les histoires sont tour à tour drôles ou émouvantes, plus ou moins longues. Quant au style, il est à la fois recherché et fluide, adapté aux jeunes lecteurs (toutefois rien ne leur est épargné de la barbarie des sultans à la malice des femmes adultères).

 



Quant aux illustrations de François Roca, ce sont de véritables invitations au voyage. Avec ses associations "plume-pinceaux", il nous entraine dans un univers fabuleux aux ambiances tantôt chaudes, tantôt poudrées; pleine page ou minutieux détails venant renforcer le texte, jeux de lumière et clair obscur ...






 Petite disgression dans cette présentation des albums 2012, à l'intention de celles et ceux qui se seront laissés tenter par les Contes des milles et une nuits et qui souhaiteraient en lire plus.
Je vous recommande le très bel album illustré par Delphine Jacquot, aux éditions Gründ.



Mêlant découpages, collages et grande variété de texture, les dessins de Delphine Jacquot sont de véritables cabinets de curiosité. Ils se détachent comme des fresques en vis-à-vis des textes qu'ils illustrent.



A la fois délicates et étranges, les illustrations nous évoquent les miniatures persannes, nous transportant hors du temps, dans des univers surprenants et oniriques.



Nous découvrons ainsi 4 autres récits des mille et une nuits : le marchand et le génie; Histoire du premier vieillard et de la biche; histoire du second vieillard et des deux chiens noirs; Histoire du pêcheur
auxquels s'ajoutent les deux célèbres histoires d'Alibaba et des quarante voleurs; ainsi que l'histoire d'Aladdin ou la lampe merveilleuse.



Seul petit regret, aucune allusion n'est faite à la première histoire qans laquelle toutes les autres s'enchassent, celle de Shéhérazade.

Cet album est un coup de coeur de la médiathèque de l'Institut du Monde Arabe, qui rappelons-le consacre aux mille et une nuits une magnifique exposition à découvrir jusqu'au 28 avril 2013.





 




Dans une toute autre ambiance, issu du romantisme allemand, le conte d'Ondine est un des plus fascinants qui soient. Aloysius Bertrand par sa prose, Ravel et Debussy par leur musique, s'en sont emparés, exprimant toute la cruauté de cet attachement impossible.

Amour, nature, mort, féérie fantastique : l'intrigue était idéale pour Benjamin Lacombe !



S'inspirant du texte de Friedrich de la Motte Fouqué et de la pièce de Giraudoux, Benjamin Lacombe nous plonge dans cette histoire tragique et romantique (au sens premier du terme) où se mêlent poésie et références picturales !

Ondine, esprit des eaux, croise la route d'un preux chevalier Hans de Ringstetten. Touché par la beauté de la jeune nymphe, il la demande en mariage et la ramène dans son royaume.
Par ce mariage, la belle espère gagner l'âme dont elle est dépourvue.



Mais insidieusement, Ondine va renier sa condition aquatique. Or c'est en se servant de cette essence féérique, que la jeune duchesse Ursule, jalouse, impuissante face au bonheur du couple, ne souhaitant que reconquérir le coeur d'Hans, va parvenir à immiscer doute et suspicion dans l'âme du chevalier jusqu'à atteindre de funestes conséquences.

Car les lois des ondins sont très claires : Si l'époux d'un esprit des eaux lui est infidèle, c'est par la mort que celle-ci doit laver la trahison.



S'inspirant des préraphaélites* pour qui le mythe d'Ondine et des nymphes était un thème de prédilection, Benjamin Lacombe nous offre de superbes peintures, tantôt apaisantes, tantôt angoissantes : la flore (trop) luxuriante, les ombres nuancées, la moue mutine et les longs cheveux flamboyants d'Ondine ...

 Hylas et les Nymphes, John Williams Waterhouse, 1896

Ophelia, John Everett Millais, 1852

 


 
Par un savant jeu de calques imprimés, Benjamin Lacombe fait émerger toute la sensualité et la transparence de cet univers aquatique.
Et puis, il y a La Vague omniprésente, qui menace, qui gronde, référence à l'estampe d'Hokusaï. Véritable trait d'union entre le début et la fin, elle déferle sur les dernières pages, entrainant tout sur son passage...



Un magnifique album, une épopée romantique dont les thématiques résonnent de manière étonnament moderne.
Et pour ceux qui seraient tenté par une lecture en musique :
 
 
 
  
 
 




Impossible d'évoquer le monde des contes sans citer Pierre Gripari (1925-1990), un des écrivains les plus appréciés des enfants.
Or cette année, les éditions Grasset-Jeunesse lui ont rendu un bel hommage, en regroupant les contes de la rue Broca et les autres contes de la rue Broca dans un recueil de 200 pages, à la fois traditionnel et contemporain. 



La sorcière du placard aux balais, la fée du Robinet, Scoubidou la poupée qui sait tout ou bien encore l'histoire de Lustucru n'ont pas pris une ride depuis leur première parution il y a 30 ans ...La magie opère toujours !!!


Il s'agit de 13 contes à destination des petits mais aussi des grands, ayant pour cadre l'épicerie de papa Saïd située rue Broca à Paris. L'un des clients réguliers, Monsieur Pierre, est une personne âgée prompte à raconter toutes sortes d'histoires aux enfants de passage.




Inspiré par la vie quotidienne d'un quartier d'immigrés, Pierre Gripari met en scène les gens qu'il côtoie dans des histoires philosophiques et malicieuses, offrant à l'époque un nouveau souffle au genre.  

 Les illustrations pleine page sont tirées des dessins caricaturaux, originaux  de Claude Lapointe; qui en 1995 avait réalisé une adaptation animée des contes.



Ces contes sont devenus aujourd'hui des classiques incontournables pour notre plus grande joie !








Voilà, l'année 2012 s'achève avec une fin du monde pour le moins ratée. Et c'est tant mieux, il y a encore tellement d'albums et de talents à découvrir !
Je vous souhaite donc d'excellentes fêtes de fin d'année  et vous donne rendez-vous à l'année prochaine !











*Préraphaélisme anglais : en quête d'absolu
La beauté fervente

1848 : le « printemps des peuples ». L’Europe absolutiste, née du traité de Vienne (1815), implose de toutes parts.
En Autriche, en Allemagne, en Italie, les peuples, acquis aux idées de la Révolution française et aux mouvements libéraux, se soulèvent et réclament des libertés.
u même moment, dans les arts, les conventions académiques sont profondément remises en cause.
(...)
À Londres, de jeunes artistes, insatisfaits de l’enseignement académique, aspirent à plus d’authenticité dans la peinture : ils déplorent la virtuosité et le manque de simplicité de l’art de Raphaël (1483-1520) et surtout de ses suiveurs – inspirateurs des principes académiques –, défauts qui, selon eux, nuisent à l’expression vraie d’un sentiment religieux sincère.
Enthousiasmés en revanche par l’art des primitifs italiens et flamands, dont ils apprécient la simplicité, le réalisme naïf et la ferveur, ces jeunes gens, au nombre de sept, se regroupent en septembre 1848 sous le nom de Pre-Raphaelite Brotherhood (« confrérie préraphaélite »), en hommage à la période antérieure à Raphaël.
Trois sont peintres : Dante Gabriel Rossetti (le chef de file), William Holman Hunt et John Everett Millais. Abandon des stéréotypes, réalisme, manie du détail, couleurs vives, sujets sérieux et volontiers religieux, mais aussi littéraires, ce qui rattache pour partie ces jeunes peintres au romantisme tardif, tels sont les traits d’une approche consciencieuse et pétrie de convictions dans un projet visant à renouer les fils entre l’art et la foi.
(...)
Philippe SAUNIER
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mercredi 6 juin 2012

Papa passionnément !

Après les mamans, c'est au tour des papas d'être mis à l'honneur. A quelques jours de la fête des pères, alors quel papa êtes -vous ?


Papa poule ou papa migrateur ?

Dans le Nid de Zidrou et David Merveille, "c'est la fin de la journée, un petit garçon attend son papa dans la cour de l'école. Mais alors que les autres parents viennent à pied ou en voiture, c'est du ciel que le sien arrive ! Et c'est sous son aile qu'il chemine avec lui jusqu'à la maison ..."




Un nid douillet niché au coeur d'un arbre touffu, au centre de la ville. Papa joue avec son fiston et lui prépare à souper. Quand maman et son petit frère arrivent enfin, c'est la magie des retrouvailles et le bonheur d'être tous réunis. Peu importe les cauchemars, rassuré par son père et couvé par l'amour parental, l'enfant se rendort paisiblement. Et parce qu'il faut apprendre à devenir grand pour prendre son envol, c'est avec plaisir que le petit garçon prend à nouveau le chemin de l'école, le lendemain matin, sous l'aile de son papa ...



A l'aide d'un texte extrêmement épuré, Zidrou fait le portrait doux et tendre d'une famille heureuse, à travers les moments clefs du quotidien parfaitement identifiés par un enfant. Le rythme est lent et posé, nous présentant chaque petit moment comme un moment de partage et d'amour dont on peut profiter.

David Merveille donnent aux parents des ailes au propre comme au figuré...De grandes ailes, duveuteuses et souples qui enveloppent, sécurisent ...de grandes ailes, garantes de l'harmonie du cocoon familial.
Un magnifique petit album qui a littéralement fasciné notre petit garçon de 3 ans ...













"Les papas migrateurs sont de drôles d'oiseaux. Ce petit garçon-là en sait quelque chose, lui dont le papa est si souvent absent. Alors entre deux escales de son migrateur bien-aimé, il enfile ses mini-ailes et joue, lui aussi, à partir en attendant de devenir grand."
Avec Mon papa migrateur de Thomas Scotto et d'Elodie Nouhen, un petit garçon nous parle de son papa qui voyage beaucoup. Il nous parle de ses absences, des ses retours et surtout de l'amour indefectible qui les lie.
Le texte de Thomas Scotto est émouvant, emprunt de poésie. Aucun reproche ici, nous devinons seulement le manque, la tendresse de ce petit garçon pour ce papa qui fait le matin très tôt des "bisous à bientôt".


Quant aux illustrations d'Elodie Nouhen, elles sont pleines de douceur, alternant des couleurs chaleureuses avec des couleurs plus sombres, pour mieux retranscrire l'Amour et le manque qui animent tour à tour l'enfant.



Le petit prince n'est pas loin , tant dans la blondeur, que dans le questionnement et la naïveté de ce petit garçon ...une magnique déclaration d'amour pour tous les papas.







Papa rassurant ou papa exaspérant ?

Dans Tous les soirs du monde de Dominique Demers et Nicolas Debon, "C'est l'heure d'aller se coucher". Quand ces mots retentissent, tous les enfants savent ce que cela veut dire : il faut se brosser les dents, aller au lit et affronter le monde des ombres de la nuit.
Simon, lui, fait sa toilette, monte l'escalier, se glisse dans son lit et crie : "Paaapaaa !!!"



Tous les soirs du monde, c'est pareil. Le papa de Simon se prépare à endormir la planète. Il remonte donc la couverture jusqu'aux pieds de son fils en prononçant la formule magique destinée à endormir les animaux de la savane. Quand la couverture se pose sur les genoux de Simon, il a endormi les habitants des fonds marins...Petit à petit, les mains remontent jusqu'à la tête du petit garçon, qui a déjà fermé les yeux ... pour mieux voir le monde .

Guidé par son papa, il traverse les continents, le ciel, les océans pour s'assurer que tous les êtres vivants vont dormir, eux aussi. Son père termine en faisant disparaître les créatures maléfiques et en réveillant le monde des fées afin d'assurer de beaux rêves à son enfant.




Pour Simon, la plongée dans le monde du sommeil se fait donc toujours en douceur, grâce au rituel poétique, rassurant, grâce à ce moment d'intimité et de tendresse qui le lient à son papa.
Un très beau texte qui nous emmène loin, très loin ...Quant aux illustrations, magiques, elles alternent des représentations de la réalité, sages, un peu figées, aux tons doux, orangés et des représentations de l'imaginaire à travers de grands tourbillons entrainant les animaux dans les mystères de la nuit et utilisant des couleurs lumineuses, éclatantes.

Une magnifique invitation au rêve, à partager avec son Papa, à l'heure du coucher.















Comme elles sont rassurantes, les mains de Papa d'Emile Jaloul. "Ce sont elles qui sentent bouger bébé dans le ventre de maman. Qui peuvent bercer son petit corps tout entier et rattraper le petit enfant qu'il devient, en bas du toboggan. un seul des grands doigts de Papa suffit pour le guider. Jusqu'au jour où le petit n'en a plus besoin sauf pour les câlins !"



C'est un petit trésor que ce bel album aux pages cartonnées, que les petites mains prendront plaisir à tourner. Ce livre met au centre cet adorable bambin qui grandit, heureux, protégé par les grandes mains enveloppantes de son papa.

Dans ce livre presque sans texte, les onomatopées accompagnent l'image évocatrices de scènes quotidiennes "toc,toc, toc", "Mmm", "Clip clop"...guidant l'enfant pas à pas.



Les images rondes et remplies de tendresse mettent en valeur la complicité entre ce papa et son fils, sans pour autant en exclure la maman et en faisant passer l'émotion en toute simplicité.








Mon papa, il est grand, il est fort, mais ... de Coralie Saudo et Kris Di Giacomo.
...Tous les soirs, c'est la même histoire. Il faut être gentil avec lui, sinon il ne veut pas aller au lit, on essaie alors la fermeté, mais très souvent, ce n'est pas suffisant ... Et là, ça se complique : D'abord, il se met à courrir partout. Il n'y a qu'une histoire qui en vient à bout ! Le problème, c'est que terminée, il en veut une deuxième; et pourquoi pas trois, non plus ...Il ne faut pas exagérer, cela doit bien s'arrêter !
Il se laisse enfin border, suivent alors les supplications, les simagrées, les bouderies sous les draps et pour finir les négociations interminables pour laisser la lumière dans le couloir.



Un cérémoniel épuisant que tous les parents connaissent bien; sauf qu'ici, ce n'est pas un enfant qui a du mal à se coucher mais bien son papa ! Un papa "grand et fort" mais ...qui a peur du noir ! C'est donc son fils qui peine. Et ce n'est pas drôle du tout pour le fiston qui aimerait bien aller au lit "mais si je file me coucher, il arrivera tout doucement en disant "Fiston, je peux dormir avec toi ? " Et là, pour le recoucher, ce sera mission impossible !"

Lorsqu'un papa écume personnellement tous les stratégèmes habituellement inventés par l'enfant pour ne pas se coucher, l'histoire devient hilarante, desarmant n'importe quel petit garnement.
Les illustrations de Kris Di Giacomo, entre crayonnés et collages, traits naïfs et expressifs adoptent des tons doux et tendres (propices au sommeil qui sait ?).
Parents et enfants riront beaucoup de cette parodie joliment amenée qui fera peut être comprendre aux enfants ce que c'est que d'être un papa, le soir à l'heure du coucher ...








Apprenti Papa ou Papa aguerri ?

Le grand papa et sa toute petite fille de Cathy Hors et Samuel Ribon.

"Il était une fois un très grand monsieur qui rêvait d'être papa. Il aurait un garçon ou une fille, un grand petit garçon ou une grande petite fille. Il lui montrerait un tas de choses très amusantes, la tête dans les nuages. Et un jour, le très grand papa eut une fille, une toute petite fille ..."





Comment faire pour se (re)trouver, lorsqu'on est si différent ? Décontenancé, ce nouveau papa tente tout de même de partager des moments forts avec sa minuscule petite fille. Seulement, les expériences qu'il lui propose ne sont pas adaptées : la petite fille, en se promenant sur les épaules de son père, a le vertige; elle est griffée par une branche, à moitié assommée par une pomme et se prend même les cheveux dans les nuages ...







Desamparé, le papa ne sait plus comment s'y prendre. Heureusement, sa petite fille a beaucoup de très bonnes idées qui vont leur permettre de partager des moments précieux ensemble. Ce très bel album parle des étapes que traversent un papa : la différence entre l'enfant réel et l'enfant imaginaire, ses questionnements, sa maladresse, son Amour, l'attachement réciproque, sa protection,...



Ce très bel album parle des étapes que traversent un papa : la différence entre l'enfant réel et l'enfant imaginaire, ses questionnements, sa maladresse, son Amour, l'attachement réciproque, sa protection,...
Quant aux illustrations sensibles et "ouatées", aux couleurs pastel, elles enveloppent ce papa et son enfant d'une grande tendresse et d'une certaine sérénité, malgré la maladresse de l'un et la fragilité de l'autre.
L'univers onirique et délicat de Samuel Rybon prend des allures de Paradis.









Dans L'amour qu'on porte de Jo Hoestlandt et Carmen Segovia, un adulte se souvient des longues promenades qu'il faisait, enfant, le dimanche avec son père. L'absence du père pendant la semaine rendait particulièrement précieux chaque instant de ce tête-à-tête tant espéré.


"Les autres jours, il n'était pas là. Mais le dimanche, si. Et nous allions nous promener là où ma mère ne m'emmenait jamais ..." Ainsi débute le récit de cet enfant narrateur qui nous conte les différentes promenades faites avec son père au cours de sa vie, lors d'étapes essentielles : l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte. la promenade en forêt se fait métaphore de la relation entre un père et son fils, aux différents âges de la vie.

"J'aimais ces longues marches avec mon père. mais très vite, je trébuchais, je pleurnichais. Alors mon père se baissait vers moi, et avec un beau sourire, il m'installait à califourchon sur ses épaules, pour que l'on puisse, tous les deux, continuer le chemin." Et quand l'enfant demandait à son père s'il n'était pas trop lourd, celui-ci le rassurait toujours :"Ce qu'on porte avec amour, n'est jamais trop lourd"
Le temps passe, le petit garçon grandit. Jeune adulte, il part et connait l'amour éphémère d'une jeune fille, première note de déception relative à l'amour. Un jour, il décide de refaire la traditionnelle promenade avec son papa. Les choses ont quelque peu changé : le temps a passé, des usines ont poussé à l'horizon et ...les rôles se sont inversés. Au tour du père de se faire couvrir chaudement avant de sortir, de mettre ses pas dans les pas de géant de son fils, de se fatiguer, de trébucher ...au tour du fils de le prendre sur ses épaules...


Il aura suffi à Jo Hoestlandt et Carmen Segovia une vingtaine de pages, traitées à la manière d'un album souvenir, aux illustrations simples, sobres et symboliques et au texte poétique s'adressant à nos émotions, pour nous dépeindre, à travers une histoire universelle (qui ne nomme ses personnages, ni ne désigne ses lieux), ce qu'est l'amour filial; cette petite tâche rouge tenace qui perdure, immuable malgré le temps qui passe. Ce sentiment qui se transmet au fil des générations, qui se doit d'être réciproque et demeure indispensable à tout être humain.












Dans Mon papa est comme ci de Sandrine Beau et Soufie, l'époque a changé, les pères à attaché-case, quasi-étrangers à la vie familiale, se sont transformés en papas de proximité. Pourtant , certains clichés restent tenances. Alors, un vrai papa, c'est comment ?



Deux petits garçons en débattent. Quand l'un d'eux annonce que son papa fait des gâteaux, pour l'autre enfant, c'est certain, il est forcément pâtissier ! Quand le premier poursuit en racontant que son papa reste à la maison, change les couches et fait le ménage ...aucun doute possible, il est au chômage ou "ta maman l'a divorcé !" ...






Dans ce bel album à la couverture molletonnée et aux pages glacées, Sandrine Beau se joue, à l'aide de mots d'enfants, de tous les préjugés, avec simplicité et humour.
Quant aux illustrations de Soufie, aux couleurs pastel et tendres et aux rondeurs enfantines, elles finissent de rendre ce petit album irrésistible.
A mettre d'urgence entre toutes les mains (petites et grandes) !!!










Papa des villes ou papa des champs ?

Dans Mon père, c'est le plus fort, un album écrit et illustré à 4 mains : le loup des villes alias Frédéric Kessler rencontre son cousin le loup des bois, alias Edouard Manceau.



Les deux cousins que tout sépare, sont accompagnés de leurs rejetons, copies conformes de leur père respectif. La rencontre se promet donc d'être explosive !



Les deux "adultes" se lancent en effet dans une joute verbale, où chacun se vante d'être le plus beau, le plus fort, le plus intelligent sans omettre de traiter l'autre de tous les noms d'oiseaux. On apprécie la référence aux différents contes traditionnels tels que les 3 petits cochons, les 7 biquets,... dans la narration de leurs exploits.

Chez les enfants qui vouent une admiration sans faille à leur père, le ton monte également jusqu'à en venir aux pattes ! Les papas penauds se rendent compte du mauvais exemple qu'ils ont pu être pour leur progéniture et font alliance pour rattraper les choses.



La suite est toute aussi délicieuse. Un album drôle à savourer en famille et qui montre aux plus jeunes que le comportement des adultes est loin d'être toujours exemplaire; que parfois eux aussi se laissent déborder par des sentiments tels que la colère ou l'orgueil, mais que l'apaisement, le dialogue et la colaboration restent possibles et ouvrent des horizons souvent bien plus savoureux !









Papa solo ou en couple ?



Le papa qui avait 10 enfants de Bénédicte Guettier est un papa mal rasé, débordé (qui ne le serait pas) et surtout débordant d'amour !
Il s'occupe seul et sans relâche de ses 10 bébés, les prépare le matin (10 petits déjeuners, 10 petites chemises, 20 petites chaussettes, 20 petites chaussures, ...), les emmène à l'école, va travailler, les récupère le soir, les baigne, leur prépare à dîner et les met au lit, non sans avoir pris le temps de leur lire une histoire .






Ce papa a quand même un rêve bien à lui. La nuit, il se construit un bateau. Le bateau prêt, il confie ses 10 bambins à leur grand-mère et embarque en solitaire, pour 10 mois de répit ... Mais le voyage ne durera que 10 jours. 10 jours au bout desquels, il se languit de ses 10 amours et fait vite demi-tour. Vivre avec eux est peut être harassant mais en être séparé est insupportable.
A l'image des illustrations, l'histoire est simple : pas de jugement, mais simplement l'amour d'un père pour ses enfants.








Marius de Latifa Alaoui M et Stéphane Poulin relate avec simplicité le regard enfantin d'un petit garçon de cinq ans sur sa nouvelle vie après le divorce de ses parents. "Maintenant maman a un amoureux et mon papa aussi."



Pas facile de parler d'homoparentalité à un public si jeune. Pourtant Latifa Alaoui s'en sort ici à merveille. Elle aborde le sujet à travers la vision et les expressions d'un enfant ce qui apporte légereté et humour au propos.
"L'amoureux de maman n'aime pas qu'on lui coupe la parole et l'amoureux de papa rouspète quand je parle en même temps que le monsieur de la télévision."

Cet album ne présente pas une vision idéalisée ou naïve de l'homoparentalité. Marius est un petit garçon comme les autres, il ne souffre pas de cette nouvelle union. Il est juste confronté à l'incompréhension de sa grand-mère par exemple à qui il expliquera que "deux garçons ensemble c'est pas "mal""; ou encore à la surprise de la maîtresse, auprès de qui c'est sa maman qui clarifiera les choses, mettant en lumière la solidarité des deux couples autour de la reconstruction de Marius après la séparation des ses parents.


Le discours n'est donc pas "c'est génial d'avoir un père homosexuel" mais plus "ce n'est pas une catastrophe ou une honte". Le seul militantisme de cet album serait donc un militantisme contre l'intolérance.


Quant aux illustrations un brin rétro de Stéphane Poulin, elles s'inscrivent dans l'univers enfantin de l'imagination et du jeu. Elles nous rappelent ainsi que Marius est avant tout un petit garçon qui aime les pirates et les voitures télécommandées.
Un bel album à mettre entre toutes les mains.







Dans l'apprentissage amoureux, Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdard avaient pris le parti de prolonger la conclusion des contes traditionnels "...ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.", par une série de questions sur les difficultés que soulève une relation toute amoureuse soit-elle.

Dans Les heureux parents, la sublime princesse et le prince vaillant n'ont pas encore eu beaucoup d'enfants, ils attendent "juste" le premier ... Que de joies, de doutes et de questionnements les attendent dans cette aventure ...




Par les illustrations hautes en couleur (vêtements tantôt scandinaves, tantôt asiatiaques, personnages de profil à la manière des égyptiens, pomme d'Adam et Eve ou de blanche-neige, hamburgers et tire-lait tout ce qu'il y a de plus moderne...), ils sont de tous les pays, de toutes les époques.

Par leurs préoccupations, ce sont, Nous, parents ordinaires, qui découvront les (des)agréments de la vie de famille depuis la grossesse jusqu'au départ des enfants devenus grands.


Quand la princesse habitée, la peau du ventre tendue, ne se reconnait plus, et se voit affublée par l'illustrartice d'une queue de baleine ou de sirène ...
Quand leur manque de sommeil creusait leurs yeux fatigués...lovés dans un lit en forme de coeur.



Quand les couches pleines s'amassaient à n'en plus finir, ...



Quand le prince se sentait exclu alors que la princesse était toute entière absorbée par ce petit être.



L'une des forces de cet album est la façon dont s'articule à merveille le texte ancré dans le quotidien (scandant chaque épisode de la vie à l'aide d'une phrase de structure répétitive) avec les illustrations fantasmagoriques fourmillant de détails dont les plus grands profiteront certainement plus encore.


Un album sans concession, d'une grande sensibilité, débordant de tendresse et d'amour que l'on referme en se disant que c'est quand même un sacré bonheur que d'être parents !